Héra

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Voilà. Son fils était mort. Elle ne pu même pas dater l’évènement dans son esprit, elle ne se rappelait plus du jour, ni de l’heure. Et personne autour d’elle pour la soutenir. Elle était là, au milieu de cette grande place. Les autres passaient autour d’elle, sans la regarder. Ils avaient des objectifs, ils en ont toujours, ils ne pouvaient prendre le temps de l’aider.

  • Sauveur : Héra, il faut que vous vous occupiez du corps de l’enfant.

C’était vrai. On attendait d’elle qu’elle se lève et s’occupe du corps de son fils. Elle connaissait la marche à suivre pourtant. C’était la deuxième fois. Le Sauveur avait été plus gentil. Il n’avait pas visé la tête, elle n’avait que le sang à nettoyer. Elle n’arrivait pas à bouger, agenouillée à côté du corps de son enfant. Elle ne sait combien de temps elle resta dans cette position. Le Sauveur attendait à côté d’elle, lui rappelant ses ordres régulièrement. Une machine cachée derrière un masque d'acier froid.

  • Héra : Les Sauveurs sont des machines. Des humains avec l’âme d’une machine.

Le Sauveur ne répondit pas tout de suite. Il fixait cette mère de famille en pleine perdition. Elle laissait sa foi la quitter.

  • Sauveur : Montrez que vous êtes encore sur la bonne voie. Occupez-vous de votre enfant.

Après avoir rassemblé tout son courage, Héra se leva et plongea ses yeux dans ceux du masque du Sauveur. Elle imaginait bien les yeux derrière ce masque. Des machines. Elle se retourna et rentra chez elle. Le Sauveur commença à méditer. Il allait relier son esprit à un Guide, il devait avoir un autre avis.

Héra revint avec une serpillère et un seau d’eau alors qu’un cercueil porté par quatre apprentis s’approchait. C’est encore la seule chose que l’on transportait à la main. Les cercueils. Elle s'agenouilla de nouveau et s’activa à nettoyer son fils avec ce qu’elle avait amené. Ce n’était pas le plus approprié, mais cela suffisait.

Les apprentis posèrent le cercueil lorsqu’elle eut fini. Elle tâcha ensuite de mettre son enfant dans le cercueil, toute seule comme le voulait la coutume. Elle arrangea ensuite le corps de son fils. Croisa ses bras, déplia ses jambes, les doigts de pieds bien en l’air, positionna sa tête bien droite, ferma sa bouche. Et maintenant les yeux… elle ferma les yeux de son fils. Ca y est, il était mort. Parti. C’était le deuxième. Le clergé allait surement lui demander de tenter à nouveau. Il fallait qu’elle ait un enfant qui devienne un adulte, c’était sa tâche actuelle.

Celui là n’était pas correct. Le Sauveur avait détecté les graines de l’hérésie. La souillure. Son premier enfant, une fille, était devenue une Mage. Elle était quelque part dans le pays, enchaînée et droguée par un Sauveur, utilisée pour vaincre leurs ennemis. Elle avait donc dû avoir un autre enfant qui puisse remplacer Héra à sa mort. On vous donne une vie. Vous devez en donnez au moins une en retour.

  • Sauveur : Vous deux, emmenez le cercueil. Les deux autres, vous restez.

Obéissant à l’ordre de cet homme-dieu, deux apprentis restèrent, attendant leurs prochains ordres. Les deux autres saisirent le cercueil et partirent. Héra était rentrée ramener le seau et la serpillère. Le Sauveur avait fini de consulter le Guide Isaac. Ils étaient d’accord sur la marche à suivre. Héra revint se placer en face du Sauveur. Elle effectua une courte courbette.

  • Héra : Puis-je retourner dans mon habitation ? Mon mari sera bientôt là. Il faut que l’on prépare la conception d’un nouvel enfant.

Il y eut une pause. Le Sauveur leva sa main gauche et défit les attaches de son masque. Toutes les personnes à des dizaines de mètres à la ronde s’agenouillèrent. La place, précédemment bruyante, devint soudainement parfaitement silencieuse. Cela impressionnait toujours. Il suffisait qu’une personne détecte le mouvement du Sauveur et s’agenouille pour que ses voisins suivent le mouvement. Ils s’inclinaient avant de savoir pourquoi. Et dans ce cas précis, c’était plus que justifié. La plupart des Sauveurs mourraient sans jamais enlever leurs masques en public. Le Sauveur finit son geste, saisit son masque et l’ôta de sa tête. Puis sa main retomba le long de son corps.

  • Sauveur : Héra, levez-vous.

Héra se releva et aligna son regard avec celui du Sauveur. Elle avait raison. Un regard inexpressif et vide. Un humain vidé de son âme.

  • Héra : Des machines.
  • Sauveur : Nous sommes nécessaires. Les humains sont trop imparfaits pour arriver à bâtir quelque chose de correct. Sans l’abstraction du clergé, nous ne serions pas aussi puissants.
  • Héra : Je le sais. Nous sommes vos brebis, berger.
  • Sauveur : Alors vous avez échoué en toute connaissance de causes.

Les plis de la robe du Sauveur bougèrent, sa main droite se déplaça furtivement, saisit le revolver par la crosse et le fit quitter son emplacement d’un mouvement guidé par sa foi. Son bras se releva, se tendit et le bout du canon de l’arme toucha parfaitement le haut de la poitrine d’Héra. La distance était parfaite, juste ce qu’il fallait. Le projectile quitta le canon de l’arme et entra délicatement dans le corps d’Héra. Aucun cri. Aucun changement dans l’expression de son visage. Toujours aussi belle, son corps tomba dans un souffle, ses robes étouffant le bruit de la chute. C’était comme une œuvre d’art parfaite. L’assassinat était-il le seul art qui pouvait atteindre la perfection ?

Le Sauveur rengaina son arme pendant que sa main gauche remettait le masque en place. Tout se fit en un seul bruit, l’arme et le masque. A peine une seconde plus tard, tout le monde se releva et se remit au travail. Sauf Héra.

  • Sauveur : Vous deux, apportez le corps au crématoire.
  • Apprenti : Vous ne désirez pas que l’on apporte un cercueil ?
  • Sauveur : Elle a failli, ce n’est pas une force extérieure qui l’a empêché de réussir. Elle ne doit pas être honorée. Elle doit être oubliée. Retenez-le, c’est une nouvelle leçon.

Je me rappelle de tout ça comme si c’était hier. Je m’en rappelle car, maintenant, un Sauveur marche vers ma direction. J’ai failli moi aussi. Je n’ai pas réussi à aimer ma femme. J’aimais, j’aime, une femme qui ne m’était pas destinée. J’aime la belle et douce Héra.

L'invasion

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Derrière !

Détonation

Une autre balle… Plus que 3 à gauche, 4 à droite. Il va falloir que je recharge.

Rafale

On me tire dessus, un fusil. Enculé...

Un mur, à droite, vite à couvert. La porte de la chambre…

Détonation

Raté. C’était pas humain.

Détonation

Mort. Putain de mutants, ils sont arrivés. Les autres enculés vont les ralentir.

Demi-tour. La cuisine.

Détonation – Détonation

Rafale – Détonation

Mon épaule ! Fils de pute !

Détonation

Cuisine. La porte de derrière, là. Fermée. Rah merde !

Choc

Putain ! J’ai pas choisi la bonne épaule, merde ! Réveille-toi Jack putain.

Fuir. Faut que je fuie.

Course

Vibration

Mon PDA...

  • ... ouais ?
  • Jack t’es où ?
  • La planque 5 est morte. Je suis en chemin vers la 2.
  • Sarah ?
  • Morte.
  • (pause) T’en es où toi ?
  • Pas terrible.
  • Putain, t’en es à combien ? Je veux un nombre !
  • Trop. Beaucoup trop de seringues. Mais je les ai bien préparées celles là.
  • Tu ne prends plus rien tant que tu tiens debout, tu…
  • Ta gueule ! Tu vas pas m’apprendre mon boulot !
  • Ouais… on se retrouve à la planque 2.

Course

  • Bon alors, on fait qu…

Choc

La porte…

Rafales

Vite le bureau… Mes flingues.

  • Merde !
  • Rah putain !
  • Jack !

Rafales – Détonation

  • Ils ont eu Eric et…
  • Je sais. Avance, putain avance !
  • Mais…
  • J’te couvre !

Détonation – Rafales

Gauche.

Détonation – Rafales – Détonation

Rah… encore du sang… comme si j’étais pas assez poisseux…

Elle est où cette putain de seringue…

  • Jack…
  • Tais-toi… je retrouve pas ma seringue…
  • O-on les a eu…
  • Ta gueule…
  • M… mais j’crois pas que… j’vais pas me relever… j’ai…

Je la retrouve pas… Juste une dernière. Juste une dernière fois. Même si je meurs après. Aller, une dernière…

Je la retrouve pas… est-ce que je l’aurais déjà…

Râle…

Légende d'Adalrik, chapitre I

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Comme toutes les nuits de son exil, le loup était là. Comme toutes les nuits de son exil, Adalrik Sigersen était impressionné par l'animal.

Alors qu'il quittait les terres où il avait toujours vécu, les mains couvertes du sang de Gunnar - roi du clan Rudianos -, il n'avait senti la présence du loup que très tardivement. Dans sa fuite, il avait marché vers le Nord, toujours vers le Nord, et avait voyagé comme cela plusieurs jours. Son but avait été de s'éloigner de son village le plus rapidement possible. Il avait parcouru une large distance avant de s'écrouler de fatigue dans une grotte qu'il avait eu bien du mal à trouver à travers la neige épaisse.

Lorsqu'il se réveilla, il s'était arrêté de neiger. Se retournant sur le dos, il distingua un rayon de soleil qui pénétrait à l'intérieur de la grotte et éclairait une parcelle du sol de son faisceau. Mais ce dernier n'éclairait pas que la dure surface de la roche. Adalrik pu y discerner une forme couverte de poils gris qu'il identifia être un loup. A peine avait-t-il déplacé la main sur son épée que le loup était sur lui. Le choc de son attaque lui avait fait lâcher son arme, se trouvant obligé de l'affronter à mains nues. Le loup était rapide, usant de ses griffes et dents. Adalrik n'était pas encore le grand guerrier qu'il sera plus tard et lorsqu'il mit un genou à terre, blessé, le loup bondit en arrière et partit. Tout simplement.

Les nuits suivantes, le loup revint. Où qu'Adalrik se cache, le loup le trouvait, attendant que le guerrier soit conscient pour l'attaquer. Chaque nuit était plus difficile que la précédente, les blessures s'accumulaient.

Sauf une nuit, cette fameuse nuit. Cela faisait maintenant de nombreux jours qu'Adalrik fuyait autant le loup que les guerriers qui devaient, se disait-il, poursuivre le jeune seigneur exilé. Un peu après le coucher du soleil, Adalrik s'était effondré dans la neige - sur le dos, le regard perdu dans les étoiles - au creux d'un fin col de montagne. « Je n'aurais pas fait tout ce chemin pour rien, la lune est belle, le ciel est dégagé, c'est une belle nuit pour mourir », avait-il murmuré, fermant les yeux, succombant au froid et à la fatigue.

Il se réveilla. Le soleil se levait. Surpris de revoir le ciel, les muscles endoloris, il bougea ses doigts dans la neige afin de sentir quelque chose, faire fonctionner ses sens. Très vite, son nez fut pris par l'odeur du sang.

Il tourna la tête, le loup était à portée de bras. Mais il ne l'attaqua pas, ne le mordit pas. Il avait la gueule prise, portant un cadavre de lièvre. Il était frais. Alors qu'Adalrik scrutait le prédateur, stupéfait et méfiant, le loup baissa la tête et desserra les crocs. Le gibier tomba, le loup le poussa du museau jusqu'à Adalrik puis recula, s'assit et attendit.

« Si tu penses pouvoir te racheter avec ça... ».

Adalrik prit appui sur son bras afin de, non sans difficulté, se redresser. Il saisit le lièvre de ses deux mains, le posa sur ses genoux et contempla l'animal inerte. « Je n'ai jamais mangé de viande crue » laissa-t-il sortir de sa bouche avant de dégainer son couteau pour le planter dans l'animal. Il débuta alors l'ingurgitation du repas que le loup lui avait offert.

Et, là aussi, les jours passèrent. Il apprit à repérer le loup à travers les feuillages, à le savoir toujours derrière ses pas. Les premières nuits, il apprit à dormir sur la roche, le loup blotti contre lui. Il marchanda avec un vieil ermite, sa cape en fourrure contre des soins et une cape plus sobre en laine. Il gagna quelques pièces en gagnant divers combats à mains nues dans des endroits qu'il aurait préféré ne pas fréquenter. Il s'entraînait avec le loup. Il se préparait à être retrouvé par les premiers guerriers envoyés pour le tuer.

Il finit par apprécier le loup. Ses premières envies de lui briser la colonne vertébrale étaient rapidement passées. Il apprit à chasser avec le loup, développer une certaine complicité. Il aimait à croire que l'animal apprenait autant que lui, que chacun s'habituait à l'autre, qu'il n'y avait pas que l'humain qui se rapprochait de la bête.

« Je ne me demande plus pourquoi tu me suis. Tu représentes une aide et avec ce que je vais devoir affronter, je dois accepter toute aide. »

Tout cela l'avait mené à cette nuit. Comme toutes les nuits de son exil, le loup était là. Comme toutes les nuits de son exil, Adalrik Sigersen était impressionné par l'animal.

Lorsque l'animal avait senti les guerriers arriver, Adalrik s'était caché derrière un grand tronc d'arbre couché et les avait vus, bien après. Ils étaient trois. Cela faisait deux nuits qu'il dormait dans la même grotte, proche d'un petit village de montagne. Ses habitants avaient dû remarquer son emplacement et cela n'avait sûrement pas été difficile pour que ces informations finissent dans les oreilles de ces soldats. Non, ils étaient quatre. Il allait devoir vaincre quatre guerriers dans cette forêt.

Le loup était caché dans des buissons plus proches d'eux. Il n'avait aucun plan, mais il fallait qu'il s'exécute rapidement. Une fois ses quatre ennemis assez proches, Adalrik sortit sa hachette et son épée, se leva puis, après un instant d'hésitation, tendit les bras vers le ciel et cria : « Gofannon ! ». Après un instant de stupéfaction, l'un d'eux décocha une flèche, « c'est lui ! ». Puis, le guerrier en tête dégaina son glaive et cria, en retour: « Rudianos ! ».

Mais le loup était déjà sur le troisième, plongeant ses crocs dans le cou du soldat. Alors que le quatrième s'était retourné pour aider son frère à se débarrasser de l'assaillant bestial, Adalrik enjambant le tronc d'arbre, lança la hachette dans sa direction puis porta son attention sur celui qui avait crié - sûrement leur sergent -, juste avant de se prendre une flèche dans l'épaule gauche.

Il hurla sa colère au sergent qui lui fonçait dessus, brisa la flèche avec sa main gauche et bloqua l'attaque avec son épée, le fer s'entrechoqua, puis il repoussa le sergent, saisit son épée de la main gauche et planta la sienne dans le ventre de son adversaire. Une flèche alla se planter dans le dos de son ennemi.

Adalrik sortit son épée des entrailles du sergent avant de le lâcher à terre, il se rua alors vers l'archer mais trébucha avant d'arriver au corps à corps. En se relevant, une autre flèche le toucha à la cuisse, le cassant dans son élan, il tomba à genoux. « Non, pas maintenant. Non ! ». Il leva la tête vers l'archer criant le nom de sa soeur Eirný, et pour la deuxième fois ce soir cassa le bois d'une flèche. Avant que l'archer ne décroche un autre trait, il bondit maladroitement et trancha la gorge du guerrier du bout de son épée avant de s'écrouler dans la neige.

« Deux flèches, je ne tiendrai pas longtemps en faisant autant d'erreurs. »

Il rouvrit les yeux au contact humide de la langue du loup sur son visage. « Toujours pas mort... » . Il s'appuya sur son épée et s'adossa à un arbre non loin. Il regarda ses deux blessures, soupira, et bascula sa tête en arrière. Le sergent n'était pas mort. Mais ça n'allait pas tarder, il perdait beaucoup de sang.

  • Adalrik : Comment t'appelles-tu, guerrier ?
  • Halldór : Halldór... mon seigneur.
  • Adalrik : Dis-moi Halldór, qui est le nouveau roi du clan Rudianos ?

Le soldat avait du mal à parler, mais il savait qu'il parlait à un roi en exil, un roi qui lui posait une question.

  • Halldór : Lárus Diðriksen, frère du roi Gunnar.
  • Adalrik : En vie et toujours au pouvoir. Très bien... c'est parfait.

Légende d'Adalrik, chapitre II

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Comme tous les soirs de son enfance, le roi Siger réfléchissait. Comme tous les soirs de son enfance, Adalrik Sigersen était intimidé par son père.

  • Siger : Plus le temps passe et plus il devient évident que Gunnar est dangereux.

Le roi Siger dirigeait le clan Gofannon depuis plus de dix-neuf hivers. Il avait hérité du trône de son père, Grímur Ruriksen, instable mais prestigieux. Il possédait une armée qui avait fait ses preuves et qui jouissait d'une forte réputation au Nord comme à Sennvald, au Sud. Il régnait sur trois clans vassaux et avait accumulé de nombreux trésors. Mais son père lui avait aussi laissé des terres saccagées, de nombreuses veuves et une reine accablée par la perte de trois de ses enfants. Lorsque le cœur du vieux roi s’était arrêté de battre, l’esprit noyé dans l’alcool, Siger le cadet dirigeait déjà le clan depuis quelques saisons.

  • Siger : Notre clan est puissant, Gunnar le sait et cela l’inquiète. Au début de son règne, il dirigeait le seul clan puissant de ce côté du Col bleu. Mon père dirigeait un clan mineur. Il m’a laissé un clan mineur.

Siger s’était appliqué à stabiliser cet héritage. Son père avait voulu qu’il continue ses conquêtes contre l’avis de sa famille, de ses proches conseillers et du peuple. Siger les avait écouté et s’était efforcé de relever son peuple et ses terres. Sa vieille mère avait vécu assez longtemps pour voir que son fils ne suivait pas les traces de son défunt mari. Elle mourut à l’aube d’un printemps, un sourire aux lèvres.

Le souverain du clan Gofannon avait pris l’habitude de vouer ses fins de journée à la réflexion, il s’enfermait dans sa chambre et parlait généralement seul, à voix haute. Personne ne pouvait le déranger sans risquer sa place, pas même la reine. Après la naissance de son premier enfant, Adalrik, il avait toujours son garçon près de lui. Dès le plus jeune âge, Siger lui racontait les problèmes de la couronne et les solutions qu’il apportait.

Dans un premier temps, Adalrik était dans l’incapacité de comprendre et de répondre. Mais même après qu’il soit devenu assez intelligent pour proposer ses idées, il ne répondait jamais à son père. Il était persuadé que ce n’était pas ce qu’il attendait de lui et il avait peur de le décevoir, d’entraîner sa colère. Continuellement.

  • Siger : Et mon fils dirigera un puissant clan. Je laisse un clan important, majeur dans la région mais aussi dans le Nord tout entier.

Il toussa sur la fin de sa phrase. Le maître des herbes sortait de la chambre lorsqu’Adalrik arrivait. Il était facile de faire le lien entre cette rencontre et les toux répétées du roi.

En ce soir d’automne, Adalrik écoutait avidement son père. Il approchait de l’âge adulte et sa mère, Freyja, lui avait ordonné d’écouter son père, ces derniers jours plus que jamais. « Si tu veux protéger ta sœur, qu’elle puisse grandir, découvrir ce que la vie a à offrir, il va falloir que tu acceptes ce que dira ton père, à défaut de tout comprendre », avait-elle dit. Adalrik aimait sa petite sœur, elle était la seule personne capable de le faire sourire, de le faire rire. Au milieu de tous ces gens préoccupés par l’argent, par l’honneur, par la mort, elle apportait une fraîcheur bienvenue. Eirný avait su garder la pureté du printemps durant lequel elle était née.

Après une longue et rauque respiration, son père reprit :

  • Siger : Il devient important de trouver une solution pour Gunnar. Moi je ne peux plus, mon esprit n’en est plus capable. Je ne pouvais pas m’occuper de lui, il y avait tant de choses à faire. Tant de choses. Mais je ne peux plus rien changer maintenant, cela n’a plus d’importance. On se souviendra de Siger Grímsson comme d’un roi juste.

Puis, pour la première fois de sa vie, il s’adressa directement à son fils :

  • Siger : Adalrik, mon fils… apporte-moi mon épée...

D’abord troublé par le comportement de son père, Adalrik, apeuré, tendit le bras et saisit l’épée. Elle était lourde mais bien équilibrée et magnifiquement gravée. Il voulait la contempler plus longtemps, posée sur ses genoux, mais se leva promptement et l’apporta à son père avant qu’il n’ait à répéter son ordre.

Arrivé devant Siger, pratiquement avachi dans son fauteuil, il prit l’importance de toute la fatigue du roi. Siger mit une main sur son épée puis plongea ses yeux dans ceux de son fils.

  • Siger : Comme tu as grandi… tu es beau et fort, mon fils. Tu feras un grand héros, je le sais. Je peux le voir.

Le vieux roi prit une autre longue respiration… puis son regard se raffermit. Il toussa une autre fois.

  • Siger : Va t’assoir.

Adalrik se retourna et revint s’assoir par terre. Il gardait le visage baissé, il allait pleurer, il le savait. Mais il ne voulait plus pleurer devant son père. Plus jamais et surtout pas maintenant. Il tourna son corps vers la fenêtre et releva la tête, fixant la lune. Puis il attendit que son père parle. Il savait qu’il ne serait pas là encore longtemps. Il avait besoin des derniers conseils paternels. Il allait lui donner ses dernières instructions, ce que devront être les premières actions de son règne. Et il ne le décevrait pas, il appliquerait tout à la lettre.

Mais un seul bruit lui répondit : le fer rencontrant le bois. Suivi d'un râle.

Adalrik tremblait, les yeux écarquillés. Il serrait les poings pour que ses bras bougent le moins possible. Mais il ne pleurait pas. Non, il ne pleurait pas. Il ne pleurerait plus.

Des mains se posèrent sur ses épaules. Il entendit une voix féminine, mais ne percevait pas le sens des mots qui en sortaient. C’était sûrement sa mère, il ne l’avait pas entendu entrer. Finalement, elle vint s’agenouiller devant lui.

  • Freyja : Tu m’écoutes ?

Adalrik gardait le silence, il avait peur que sa voix le trahisse. Il hocha la tête.

  • Freyja : Je… Va te coucher, demain... demain tu seras couronné. (soupir) Il était toujours comme ça, Adalrik. Toujours. Implacable. Même avec moi.

Légende d'Adalrik, chapitre III

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Comme à chaque fois qu'il s'énervait sur elle, le cœur de sa sœur battait la chamade. Comme à chaque fois qu'il s'énervait sur elle, Adalrik n'avait comme seule envie de se taire et de la prendre dans ses bras.

  • Adalrik : Eirný ! EIRNY ! C'est un putain de cauchemar !
  • Freyja : Adalrik, du calme !

Lorsque le loquet se brisa, que les battants de la porte heurtèrent la dure pierre, elle n'était plus du tout seule dans la chambre. Derrière Adalrik, c'est comme si toute sa cour l'avait suivi.

  • Eirný : Tu me cherchais, mon frère ?
  • Freyja : Eirný, ce ton n'est pas...
  • Adalrik : Une rumeur est arrivée jusqu'à mes oreilles. Une bien bonne. Il paraîtrait que Gunnar se pavane avec une mèche de cheveux t'appartenant.

Marchant dans la chambre, il parlait d'une voix forte, autoritaire, même sa mère n'osait pas lui couper la parole lorsqu'il était dans cet état. Adalrik était un bon roi, un roi juste, parfois généreux mais surtout colérique. Beaucoup plus colérique que son père. Pour parachever le tout, dans la situation actuelle, il appuyait ses phrases en pointant un couteau vers son interlocutrice.

  • Adalrik : Retourne-toi, fais voir tes cheveux. Montre-nous tes cheveux, ma chère sœur ! Puisque tu veux gouverner, montre-nous que tu en as l'étoffe ! Délie-les ! ALLER !

Eirný n'était pas apeurée, elle était effrayée. Mais la peur que lui inspirait son frère la rendait plus forte, étrangement, d'une façon ou d'une autre.

  • Freyja : Il manque bien une mèche... Tu lui as donné une mèche...
  • Adalrik : Idiote... Incapable de...

Adalrik s'arrêta, respira profondément... Lorsqu'il ne s'agissait pas de combattre, la colère obscurcissait sa clairvoyance. Au cœur d'une bataille, par contre...

Dans un geste, le couteau quitta sa main et alla se planter dans un coussin.

  • Adalrik : Sortez... (voyant sa mère hésiter) tous. Toutes, tous, sortez.

Adalrik attendit que la porte soit rabattue. Vaguement. Elle ne fermait plus correctement. Ils savaient que leur discussion allait tomber dans d'autres oreilles, sans vraiment savoir lesquelles. Adalrik se planta devant sa sœur et parla d'une voix bien plus basse.

  • Adalrik : C'est une très mauvaise idée. Gunnar se fait vieux, aucun héritier, il sait très bien que lorsqu'il mourra, tu deviendras souveraine de Rudianos. Il ne le désire pas, tu mourras avant lui.
  • Eirný : N'est-ce pas trop tard ? Une fois la mèche donnée...
  • Adalrik : C'est les Rudianos, n'importe quel prétexte donnerait une raison suffisante pour déclarer une guerre contre eux !
  • Eirný : Non, pas de guerre.
  • Adalrik : Si ce mariage se fait, il y en aura quand même une dans quelques saisons, ça ne changera rien. Sauf que tu seras morte !
  • Eirný : Non, pas de guerre. L'avenir... je connais tes talents, Adalrik, mais tu n'es pas devin. Par contre tu es un grand stratège, tu arriveras à nous en détourner.

La colère d'Adalrik s'était calmée, remplacée par de l'appréhension.

  • Adalrik : Têtue, trop têtue pour une femme. Si seulement je pouvais te faire changer d'avis.
  • Eirný : As-tu déjà réellement essayé ? Hum ?

Et d'un petit pas léger, Eirný rendit sa question rhétorique. Elle s'était approchée d'Adalrik, leurs visages se touchant presque.

Une forte appréhension.

  • Eirný : Et si tu essayais franchement ? Avec les arguments que j'attends...

Il se passa un certain temps, aucun des deux ne pouvaient en exprimer la durée. Court ? Long ? Adalrik finit par poser ses mains sur les épaules de sa sœur et la repoussa doucement, serrant affectueusement.

  • Eirný : Très bien. Comme tu voudras. Au moins, tu sauras qui m'a poussé dans ses bras.

Elle se dégagea de l'emprise et sortit de la chambre. Adalrik soupira longuement. La fatigue...

Adalrik s'écroula dans un fauteuil. Plus qu'une appréhension, de la peur. Pas de la terreur pure, plutôt une sorte de peur de la peur : crainte de la période noire à venir, crainte des retentissements qu'elle va apporter sur ses terres, sur ses proches.

  • Freyja : Adalrik.
  • Adalrik : Mère.

Elle laissa passer quelques instants, Adalrik se servit un verre et se rassit.

  • Freyja : Y'a-t-il quelque chose qui pourrait remplacer cette folie ?
  • Adalrik : Seulement une folie d'un autre type.

Adalrik regardait sa mère, les yeux humides, la mine sinistre. Le roi soupira, posa son verre et retira la bague attestant de son rang et la posa à côté de son verre. Freyja y jeta un œil et soupira.

  • Adalrik : Ma sœur a été mal nommée.

Le dos de la vieille reine se raidit. Freyja tourna son regard vers son fils, un mélange d'étonnement et de colère sur son visage.

  • Adalrik : Eirný est aussi belle que le printemps, mais sa fraîcheur n'est pas une marque de pureté. Sa fraîcheur annonce le froid, le froid de l'hiver. Aussi froide que l'hiver, aussi vicieuse que la vengeance et la jalousie. Derrière Eirný, je ne vois que la mort. Et j'ai bien peur que ce soit la seule chose qu'elle nous apportera, à tous.

Il vida son verra puis, quittant le fauteuil, se dirigea vers la porte. Refermant la porte, un coup de vent passa et fit trembler Freyja. La seule bougie restante de la chambre s'éteignit. Fatiguée, entourée d'obscurité et de silence, Freyja décida de dormir là où elle était assise.

  • Freyja : Il ne nous reste plus qu'à espérer que ta sagesse précoce nous en sauvegarde.

Slug is coming...

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Il m’est difficile de parler de lui. A chaque fois que j’entends son nom, je frissonne. Et lorsque j’esquisse le prononcer, ma gorge reste nouée sans qu’une seule syllabe n’en sorte. Mais il vaut mieux, ce serait une syllabe de trop. Qui sait ce qu’il pourrait arriver.

Si loin que l’humanité puisse se remémorer quelque chose, les Frères-dieux s’affrontaient déjà. Si loin que l’humanité puisse se remémorer quelque chose, les deux camps existaient déjà, les humains répartis entre les deux ou écrasés au milieu.

D’un côté, l’ordre, la loi, la connaissance. Le Culte. Une hiérarchie, des élus, des champions, un clergé. Ils se battent pour le hibou, pour le Grand Duc. Je les crains, bien sûr. Je serais fou dans le cas contraire !

Et en face, lui-même, bien entendu. Le chaos, le changement. La Secte. Un regroupement d’êtres mentalement liés, similaires. Tous se battent comme un. Eux, je ne les crains pas. Eux, ils m’effraient, me glacent le sang. Il me glace le sang. Surtout lorsqu’il…

Comment ressent-on sa présence ? Que ressent-on en sa présence ? Une déchirure, une brûlure, du vide. Un vide, un grand vide. On a l’impression de perdre son corps. Pas de le quitter, de le perdre, comme s’il se diluait dans ce tout qui forme notre environnement.

Ensuite ? Ensuite, c’est au tour de l’esprit. L’esprit se fond dans le décor, de la même manière. Il s’étire de plus en plus loin, de plus en plus fort, dans toutes les directions, même celles dont vous ne soupçonniez même pas l’existence.

Je ne sais pas ce qu’il se passe après ça, si jamais cela dure encore plus longtemps, si l’esprit a lui aussi le temps de se déchirer. J’ai été libéré avant que cela n’arrive, les forces de ce monde ne voulaient apparemment pas que je parte en fumée tout de suite.

Moi, je suis revenu. Mon esprit s’est reformé et j’ai retrouvé mon corps par je ne sais quel miracle. Comme ça, pouf. C’aurait presque pu être irritant, décevant, si ce n’était pas si extrêmement douloureux. Surement le retour à la réalité, les retrouvailles du corps et de l’esprit.

Pourquoi je suis revenu ? Car l’armée du Dieu limace avait été battue.

Depuis, on dit qu’il a disparu, qu’il s’est réfugié quelque part, dans une sorte de caverne cosmique que l’on ne peut percevoir. Alors, on se dit que si on ne le sent plus, si ses créatures et sbires ne sont plus aussi forts qu’avant, c’est qu’il a laissé sa place à son rival de toujours, qu’il s’est retiré, qu’il a trouvé une autre occupation. Comme si les Dieux « s’occupaient » comme lorsque l’on s’occupe en jouant aux dés.

Non, c’est mal les connaître. Les Dieux ne « s’occupent » pas, les Dieux ne laissent pas tomber. Les Dieux ne décident pas du jour au lendemain d’abandonner leur combat de toujours et de rentrer chez eux pour se faire une partie de cartes.

Non. Leur guerre potentiellement fratricide, ou au moins génocidaire envers l’humanité, n’est pas finie, si jamais elle doit se finir un jour.

Il revient. Doucement, sûrement. A sa vitesse, il répand sa moisissure partout où il passe, se servant des corps et des esprits des autres. Moi, je pense même qu’il n’a jamais quitté Slugenstein. J’en suis même sûr vous savez. Ah oui, sûr ! Ce ne sont pas seulement des devinettes ou des coups de bluff pour appâter le curieux. Non, loin de là, m’sieur, loin de là.

Vous savez pourquoi je dis ça ? Parce que je l’entends. Oui, depuis ce fameux jour, je l’entends. Tous les jours, tout le temps. La nuit aussi, la nuit. Il me parle. Il me parle de choses et d’autres. Et je l’écoute, je ne peux pas faire autrement. Il m’empêche de dormir si je ne l’écoute pas. Il peut aller jusqu’à tenter de m’étouffer !

Et ici, engouffré aussi profondément dans le Château de Slugenstein, dans son château, je l’entends encore mieux. Oui, je l’entends très clairement. Il y a des moments où j’aimerais lui parler, lui répondre. Lui dire que je suis un humain, avec une volonté, pas seulement une bête douée de compréhension.

Mais, je ne peux pas lui répondre n’importe comment, pas comme ça, sans réfléchir. Si jamais je succombais à son appel, cela pourrait faire des conséquences tout autour de moi, pas seulement sur ma personne. Et, j’ai un cœur tout de même, il a été déchiré, mais il est entier maintenant et je l’écoute lui aussi. Ma conscience a été mal menée elle aussi, mais elle est intacte. Je le sais, je l’écoute elle aussi !

Je les écoute tous trois.

Mais aujourd’hui, c’est un peu spécial. C’est la première fois que je descends aussi bas. D’habitude, lorsque des personnes louent mes services de guide, ils remontent au premier ou deuxième mort. Vous, vous êtes venus avec une petite armée. Beaucoup sont morts, mais beaucoup sont encore debout.

Il tient à vous féliciter, vous savez ? Il tient à féliciter votre persévérance ainsi que le courage et le dévouement de vos hommes.

Mais, je ne suis jamais capable de bien retranscrire ses mots, jamais. Je ne suis qu’un pauvre humain meurtri, je n’ai pas ses capacités d’orateur.

Oui. Il faut vous récompenser correctement. Ce ne serait pas aimable sinon.

Il est d’accord, je le sais. Et je suis d’accord aussi. Bien sûr que je suis d’accord, puisqu’il est d’accord. Parfait. Tout est parfait.

Slug !

Une nuit avec Faith

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Ils montaient l’escalier laborieusement. Connor n’était déjà pas très habile, alors monter des escaliers en colimaçon tout en essayant de déshabiller la jeune créature qui l’accompagnait, ça relevait de la mission gouvernementale. Le garde du corps faillit s’y mêler en essayant de les porter.

  • Connor : Nan mais, tu fais quoi là ? J’te paye pas pour que tu palpes le corps de mes connaissances. Vire de là. Et puis redescends en bas en fait, je vais y arriver tout seul…

A peine avait-il fini sa phrase que sa bouche rencontra celle de sa partenaire et s’y prit d’affection pendant encore une bonne dizaine de secondes. Il devait en profiter. Elle n’était pas spécialement belle, mais très adroite et pleine d’initiative.

Ils étaient surtout gorgés d’alcool et de drogues. Il le savait. Mais la nuit précédant le dernier jour de la décade était réservée à la beuverie, partout à Tlesz. Flics, politiciens, gangers. Seules les prostituées et les barmen n’y avaient pas le droit. Mais dans une décade, c’est le soir où ils se font le plus de thunes. Et de loin. Mais ce n’était pas bien important. L’autre brute gardait l’escalier et Connor savait être prudent, même bourré. Il avait apprit plein de choses sur cette nana toute la soirée, entre deux baisers. Au bout de quelques verres et rails de poudre, elle s’était lassée de contourner ses questions et avait ensuite répondu beaucoup plus facilement.

Connor était un bon espion, il avait plusieurs fois démasqué des traîtres autour de lui et les avait fait exécuter sur le champ. Un cadavre de plus pour les bas fond de Tlesz. D’ailleurs, même s’il ne soupçonnait plus vraiment cette Faith d’être une espionne, une flic ou une assassine, il trouvait de plus en plus nécessaire de l’exécuter quand même. Il pourrait s’attacher facilement à une fille comme elle. Et il ne fallait absolument pas qu’il foire tout à cause de sa bite.

Sortant de ses pensées, il remarqua qu’il était allongé, le dos contre son lit. Faith était debout devant lui, versant le contenu d’une bouteille d’alcool dans sa bouche pulpeuse. Après une bonne gorgée, elle la laissa tomber sur le sol et débuta la lente opération de déboutonnage de chemisier. Connor trouvait ça toujours trop long. Et en plus elle faisait durer la chose. Très bien.

  • Connor : Tu sais qui je suis ? C’que je représente ?
  • Faith : (premier bouton) Ah… C’est le moment où tu vas faire preuve de charme, 4h trop tard. Il fallait être plus bavard tout à l’heure... Maintenant… (deuxième bouton) moins tu parleras, mieux ce sera.
  • Connor : Tu n’as pas répondu à ma question.

Elle fit un tour sur elle-même en décrochant sa ceinture, laissant tomber sa jupe à ses pieds. Elle s’en écarta en approchant la bouteille qu’elle saisit en se baissant langoureusement.

  • Connor : C’est une très belle vue que tu m’offres là.
  • Faith : Surement quelqu’un de riche, tu n’aurais pas de garde du corps sinon. Je t’offre plus qu’une vue, tu ne sais juste pas recevoir.
  • Connor : C’est tout ?

Elle marqua une pause. Connor sourit. Elle reposa la bouteille et se retourna. Son sourire était devenu moins accentué mais plus franc.

  • Faith : Je sais que tu travailles pour le Président. Et j’espèrerais que tu sois un peu plus discret avec, qu’on n’ait pas besoin d’en parler. Juste sortir ensemble le soir, et je sais que le gouvernement paye bien, donc je me dis que tu as les capacités de me payer le restaurant et renouveler ma garde robe. On peut en parler demain ?
  • Connor : Entendu. Viens là.

Elle finit de déboutonner son chemisier beaucoup plus rapidement, puis débuta une lente montée du lit à quatre pattes pour enfin arriver à son niveau.

  • Faith : Ca c’est plus intéressant.
  • Connor : Juste un petit détail...

Il les bascula afin de se retrouver au dessus. Il préfère lorsqu’elles sont en dessous, elles font moins de folies. Il lui donna un baiser tout en finissant de la déshabiller. Après quelques secondes, elle retira sa langue. Ce n’était pas elle tout à l’heure qui ne voulait pas qu’ils parlent ?

  • Faith : J’ai juste… une petite requête.
  • Connor : (soupir) Je t’écoute.
  • Faith : J’aimerais juste… te dire quelque chose…
  • Connor : … Qu’est-ce qu’il y a ?
  • Faith : Leder… tu m’as manqué…
  • Connor : Leder ? Mais je…

Il eut juste le temps de sentir le métal glacé sur sa nuque. Faith souleva son bras et se dégagea du lit.

  • Leder : Désolé, tu n’auras pas de digne enterrement chez toi. Tu pourriras ici, au milieu des rats.
  • Connor : Sale bâtard de…

Le son de sa voix se dispersa – à l’instar de son cerveau – couvert par le peu de bruit qu’avait fait la détonation. Pendant quelques instants, il n’y eut plus rien d’important excepté cette jubilation. Les trois silhouettes restaient extérieurement impassibles. Intérieurement, elles bouillonnaient. Ces meurtres avaient un but. Mais même sans but, ils pourraient continuer des cycles et des cycles.

  • Zeal : C’est génial ces silencieux.
  • Faith : Tu marches sur ma jupe.
  • Zeal : Ah ouais, nan mais j’me disais que t’aurais pu rester comme ça en fait…
  • Leder : On doit retourner au bar et je viens de laver le sol, si on pouvait éviter de rameuter tous les clodos et/ou pervers, je serais heureux.
  • Zeal : T’es déjà heureux… chef.

Il contempla le corps inerte de Connor.

  • Leder : En effet … Passons au prochain, les explosifs sont au bar.