Héra

  Héros en Errance, nouvelles sur A3

Voilà. Son fils était mort. Elle ne pu même pas dater l’évènement dans son esprit, elle ne se rappelait plus du jour, ni de l’heure. Et personne autour d’elle pour la soutenir. Elle était là, au milieu de cette grande place. Les autres passaient autour d’elle, sans la regarder. Ils avaient des objectifs, ils en ont toujours, ils ne pouvaient prendre le temps de l’aider.

  • Sauveur : Héra, il faut que vous vous occupiez du corps de l’enfant.

C’était vrai. On attendait d’elle qu’elle se lève et s’occupe du corps de son fils. Elle connaissait la marche à suivre pourtant. C’était la deuxième fois. Le Sauveur avait été plus gentil. Il n’avait pas visé la tête, elle n’avait que le sang à nettoyer. Elle n’arrivait pas à bouger, agenouillée à côté du corps de son enfant. Elle ne sait combien de temps elle resta dans cette position. Le Sauveur attendait à côté d’elle, lui rappelant ses ordres régulièrement. Une machine cachée derrière un masque d'acier froid.

  • Héra : Les Sauveurs sont des machines. Des humains avec l’âme d’une machine.

Le Sauveur ne répondit pas tout de suite. Il fixait cette mère de famille en pleine perdition. Elle laissait sa foi la quitter.

  • Sauveur : Montrez que vous êtes encore sur la bonne voie. Occupez-vous de votre enfant.

Après avoir rassemblé tout son courage, Héra se leva et plongea ses yeux dans ceux du masque du Sauveur. Elle imaginait bien les yeux derrière ce masque. Des machines. Elle se retourna et rentra chez elle. Le Sauveur commença à méditer. Il allait relier son esprit à un Guide, il devait avoir un autre avis.

Héra revint avec une serpillère et un seau d’eau alors qu’un cercueil porté par quatre apprentis s’approchait. C’est encore la seule chose que l’on transportait à la main. Les cercueils. Elle s'agenouilla de nouveau et s’activa à nettoyer son fils avec ce qu’elle avait amené. Ce n’était pas le plus approprié, mais cela suffisait.

Les apprentis posèrent le cercueil lorsqu’elle eut fini. Elle tâcha ensuite de mettre son enfant dans le cercueil, toute seule comme le voulait la coutume. Elle arrangea ensuite le corps de son fils. Croisa ses bras, déplia ses jambes, les doigts de pieds bien en l’air, positionna sa tête bien droite, ferma sa bouche. Et maintenant les yeux… elle ferma les yeux de son fils. Ca y est, il était mort. Parti. C’était le deuxième. Le clergé allait surement lui demander de tenter à nouveau. Il fallait qu’elle ait un enfant qui devienne un adulte, c’était sa tâche actuelle.

Celui là n’était pas correct. Le Sauveur avait détecté les graines de l’hérésie. La souillure. Son premier enfant, une fille, était devenue une Mage. Elle était quelque part dans le pays, enchaînée et droguée par un Sauveur, utilisée pour vaincre leurs ennemis. Elle avait donc dû avoir un autre enfant qui puisse remplacer Héra à sa mort. On vous donne une vie. Vous devez en donnez au moins une en retour.

  • Sauveur : Vous deux, emmenez le cercueil. Les deux autres, vous restez.

Obéissant à l’ordre de cet homme-dieu, deux apprentis restèrent, attendant leurs prochains ordres. Les deux autres saisirent le cercueil et partirent. Héra était rentrée ramener le seau et la serpillère. Le Sauveur avait fini de consulter le Guide Isaac. Ils étaient d’accord sur la marche à suivre. Héra revint se placer en face du Sauveur. Elle effectua une courte courbette.

  • Héra : Puis-je retourner dans mon habitation ? Mon mari sera bientôt là. Il faut que l’on prépare la conception d’un nouvel enfant.

Il y eut une pause. Le Sauveur leva sa main gauche et défit les attaches de son masque. Toutes les personnes à des dizaines de mètres à la ronde s’agenouillèrent. La place, précédemment bruyante, devint soudainement parfaitement silencieuse. Cela impressionnait toujours. Il suffisait qu’une personne détecte le mouvement du Sauveur et s’agenouille pour que ses voisins suivent le mouvement. Ils s’inclinaient avant de savoir pourquoi. Et dans ce cas précis, c’était plus que justifié. La plupart des Sauveurs mourraient sans jamais enlever leurs masques en public. Le Sauveur finit son geste, saisit son masque et l’ôta de sa tête. Puis sa main retomba le long de son corps.

  • Sauveur : Héra, levez-vous.

Héra se releva et aligna son regard avec celui du Sauveur. Elle avait raison. Un regard inexpressif et vide. Un humain vidé de son âme.

  • Héra : Des machines.
  • Sauveur : Nous sommes nécessaires. Les humains sont trop imparfaits pour arriver à bâtir quelque chose de correct. Sans l’abstraction du clergé, nous ne serions pas aussi puissants.
  • Héra : Je le sais. Nous sommes vos brebis, berger.
  • Sauveur : Alors vous avez échoué en toute connaissance de causes.

Les plis de la robe du Sauveur bougèrent, sa main droite se déplaça furtivement, saisit le revolver par la crosse et le fit quitter son emplacement d’un mouvement guidé par sa foi. Son bras se releva, se tendit et le bout du canon de l’arme toucha parfaitement le haut de la poitrine d’Héra. La distance était parfaite, juste ce qu’il fallait. Le projectile quitta le canon de l’arme et entra délicatement dans le corps d’Héra. Aucun cri. Aucun changement dans l’expression de son visage. Toujours aussi belle, son corps tomba dans un souffle, ses robes étouffant le bruit de la chute. C’était comme une œuvre d’art parfaite. L’assassinat était-il le seul art qui pouvait atteindre la perfection ?

Le Sauveur rengaina son arme pendant que sa main gauche remettait le masque en place. Tout se fit en un seul bruit, l’arme et le masque. A peine une seconde plus tard, tout le monde se releva et se remit au travail. Sauf Héra.

  • Sauveur : Vous deux, apportez le corps au crématoire.
  • Apprenti : Vous ne désirez pas que l’on apporte un cercueil ?
  • Sauveur : Elle a failli, ce n’est pas une force extérieure qui l’a empêché de réussir. Elle ne doit pas être honorée. Elle doit être oubliée. Retenez-le, c’est une nouvelle leçon.

Je me rappelle de tout ça comme si c’était hier. Je m’en rappelle car, maintenant, un Sauveur marche vers ma direction. J’ai failli moi aussi. Je n’ai pas réussi à aimer ma femme. J’aimais, j’aime, une femme qui ne m’était pas destinée. J’aime la belle et douce Héra.