Légende d'Adalrik, chapitre III

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Comme à chaque fois qu'il s'énervait sur elle, le cœur de sa sœur battait la chamade. Comme à chaque fois qu'il s'énervait sur elle, Adalrik n'avait comme seule envie de se taire et de la prendre dans ses bras.

  • Adalrik : Eirný ! EIRNY ! C'est un putain de cauchemar !
  • Freyja : Adalrik, du calme !

Lorsque le loquet se brisa, que les battants de la porte heurtèrent la dure pierre, elle n'était plus du tout seule dans la chambre. Derrière Adalrik, c'est comme si toute sa cour l'avait suivi.

  • Eirný : Tu me cherchais, mon frère ?
  • Freyja : Eirný, ce ton n'est pas...
  • Adalrik : Une rumeur est arrivée jusqu'à mes oreilles. Une bien bonne. Il paraîtrait que Gunnar se pavane avec une mèche de cheveux t'appartenant.

Marchant dans la chambre, il parlait d'une voix forte, autoritaire, même sa mère n'osait pas lui couper la parole lorsqu'il était dans cet état. Adalrik était un bon roi, un roi juste, parfois généreux mais surtout colérique. Beaucoup plus colérique que son père. Pour parachever le tout, dans la situation actuelle, il appuyait ses phrases en pointant un couteau vers son interlocutrice.

  • Adalrik : Retourne-toi, fais voir tes cheveux. Montre-nous tes cheveux, ma chère sœur ! Puisque tu veux gouverner, montre-nous que tu en as l'étoffe ! Délie-les ! ALLER !

Eirný n'était pas apeurée, elle était effrayée. Mais la peur que lui inspirait son frère la rendait plus forte, étrangement, d'une façon ou d'une autre.

  • Freyja : Il manque bien une mèche... Tu lui as donné une mèche...
  • Adalrik : Idiote... Incapable de...

Adalrik s'arrêta, respira profondément... Lorsqu'il ne s'agissait pas de combattre, la colère obscurcissait sa clairvoyance. Au cœur d'une bataille, par contre...

Dans un geste, le couteau quitta sa main et alla se planter dans un coussin.

  • Adalrik : Sortez... (voyant sa mère hésiter) tous. Toutes, tous, sortez.

Adalrik attendit que la porte soit rabattue. Vaguement. Elle ne fermait plus correctement. Ils savaient que leur discussion allait tomber dans d'autres oreilles, sans vraiment savoir lesquelles. Adalrik se planta devant sa sœur et parla d'une voix bien plus basse.

  • Adalrik : C'est une très mauvaise idée. Gunnar se fait vieux, aucun héritier, il sait très bien que lorsqu'il mourra, tu deviendras souveraine de Rudianos. Il ne le désire pas, tu mourras avant lui.
  • Eirný : N'est-ce pas trop tard ? Une fois la mèche donnée...
  • Adalrik : C'est les Rudianos, n'importe quel prétexte donnerait une raison suffisante pour déclarer une guerre contre eux !
  • Eirný : Non, pas de guerre.
  • Adalrik : Si ce mariage se fait, il y en aura quand même une dans quelques saisons, ça ne changera rien. Sauf que tu seras morte !
  • Eirný : Non, pas de guerre. L'avenir... je connais tes talents, Adalrik, mais tu n'es pas devin. Par contre tu es un grand stratège, tu arriveras à nous en détourner.

La colère d'Adalrik s'était calmée, remplacée par de l'appréhension.

  • Adalrik : Têtue, trop têtue pour une femme. Si seulement je pouvais te faire changer d'avis.
  • Eirný : As-tu déjà réellement essayé ? Hum ?

Et d'un petit pas léger, Eirný rendit sa question rhétorique. Elle s'était approchée d'Adalrik, leurs visages se touchant presque.

Une forte appréhension.

  • Eirný : Et si tu essayais franchement ? Avec les arguments que j'attends...

Il se passa un certain temps, aucun des deux ne pouvaient en exprimer la durée. Court ? Long ? Adalrik finit par poser ses mains sur les épaules de sa sœur et la repoussa doucement, serrant affectueusement.

  • Eirný : Très bien. Comme tu voudras. Au moins, tu sauras qui m'a poussé dans ses bras.

Elle se dégagea de l'emprise et sortit de la chambre. Adalrik soupira longuement. La fatigue...

Adalrik s'écroula dans un fauteuil. Plus qu'une appréhension, de la peur. Pas de la terreur pure, plutôt une sorte de peur de la peur : crainte de la période noire à venir, crainte des retentissements qu'elle va apporter sur ses terres, sur ses proches.

  • Freyja : Adalrik.
  • Adalrik : Mère.

Elle laissa passer quelques instants, Adalrik se servit un verre et se rassit.

  • Freyja : Y'a-t-il quelque chose qui pourrait remplacer cette folie ?
  • Adalrik : Seulement une folie d'un autre type.

Adalrik regardait sa mère, les yeux humides, la mine sinistre. Le roi soupira, posa son verre et retira la bague attestant de son rang et la posa à côté de son verre. Freyja y jeta un œil et soupira.

  • Adalrik : Ma sœur a été mal nommée.

Le dos de la vieille reine se raidit. Freyja tourna son regard vers son fils, un mélange d'étonnement et de colère sur son visage.

  • Adalrik : Eirný est aussi belle que le printemps, mais sa fraîcheur n'est pas une marque de pureté. Sa fraîcheur annonce le froid, le froid de l'hiver. Aussi froide que l'hiver, aussi vicieuse que la vengeance et la jalousie. Derrière Eirný, je ne vois que la mort. Et j'ai bien peur que ce soit la seule chose qu'elle nous apportera, à tous.

Il vida son verra puis, quittant le fauteuil, se dirigea vers la porte. Refermant la porte, un coup de vent passa et fit trembler Freyja. La seule bougie restante de la chambre s'éteignit. Fatiguée, entourée d'obscurité et de silence, Freyja décida de dormir là où elle était assise.

  • Freyja : Il ne nous reste plus qu'à espérer que ta sagesse précoce nous en sauvegarde.